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« Des filles la mer
et une grotte »

Rebekka Deubner
20 novembre 2015 - 09 janvier 2016
Vernissage le jeudi 19 novembre 2015 à 18h30

À propos de l'exposition

“Quand enfant ta balade sur le rivage aboutissait aux grottes, face à l’île, tu t’engageais dans sa pénombre, là où la lumière cesse d’atteindre la peau et les corps qui s’offrent à elle. On ne t’a jamais dit que tu visitais les entrailles, et pourtant tu le savais : cette langueur venait de plus loin, de plus tard, que de l’interdit formulé, celui de fréquenter les grottes.
À l’horizon des orages, à l’interstice des passages, tu t’y faufilais et quittais le monde explicite et connu pour rejoindre les abysses, le fantasme. Il y a peu de lieux où tu te sentais (te sens), immergée. L’obscurité nimbée d’une lampe torche est une enveloppe dans laquelle tu t’insérais (t’insères), avec calme. Il n’y a pas là de tourment, le bruit ne s’écoule pas : il s’impose de part et d’autre de ces parois qui t’enserrent. On est bien étourdie quand on a connu les grottes, ce berceau — leur fortune minérale.
Le dévers t’emmenait plus au fond, au creux livide des pointes de roche dressées qui projettent, sur les faces tavelées des voûtes, un profil sévère. L’humidité qui fait couler sa saveur froide le long des membres : tu as tout vu, tout senti, imprégnée de cet envers du monde.”

Extrait du texte “Pour une jeune fille” de Camille Richert

 

Exposition en partenariat avec La Photographie Marseille, Festival de Photographie Contemporaine du 22 octobre 2015 au 09 janvier 2016.


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Vues d'exposition



Revue d'exposition

Entretien avec Rebekka Deubner
par Point Contemporain
16/11/2015

 

De son séjour au japon à l’été 2014 dans la région de Fukushima, la photographe Rebekka Deubner a ramené plusieurs centaines de photographies qui ont alimenté deux projets complémentaires et caractéristiques de sa démarche artistique.

Le premier projet, qui lui a valu d’être sélectionnée pour participer au Festival ManifestO à Toulouse, porte une réflexion sur les notions de frontière et de limite et s’accompagne d’une approche intellectuelle soutenue par un propos et un questionnement sur la photographie contemporaine.
Le second projet, qui est à découvrir à la Straat Galerie dans le cadre du festival la Photographie Marseille avec l’exposition Des filles la mer et une grotte, propose une série de photographies issues d’une approche plutôt instinctive dans laquelle se tissent naturellement une infinité de liens entre chaque image.

Propos de Rebekka Deubner recueillis le 11 novembre 2015 :

“L’exposition Des filles la mer et une grotte, est en quelque sorte le second volet du travail que j’ai réalisé à Fukushima. Les photographies sont issues de mon voyage au Japon mais dans une approche très différente de l’installation qui a été sélectionnée au Festival ManifestO où je présentais 20 images sur une construction en bois brut.
Le travail présenté à la Straat galerie est plus spontané, plus intuitif. Sur les 800 photos prises lors de mon séjour, j’ai choisi d’associer trois éléments récurrents, des portraits de jeunes filles, des images de mer et de grotte. Ces trois éléments entrent parfaitement en résonance par leur caractère narratif, mythologique et symbolique. La grotte peut évoquer le ventre maternel, la Caverne de Platon, un lieu sacré, le lieu dans lequel on se sent protégé parce que l’on y est à l’abri. Les jeunes filles représentent une forme de renaissance, mes images entrant aussi particulièrement en résonance avec le mythe fondateur de Amaterasu O mi kami, (Auguste Divinité qui illumine le ciel), divinité du panthéon shintoïste japonais. Elle se cacha dans une caverne pour échapper à la violence de son frère et plongea l’univers dans l’obscurité et le chaos jusqu’à ce qu’elle en ressorte.
Cette série suggère en filigrane la fertilité que symbolise la femme, la grotte où elle peut se retirer lors de la catastrophe, ce moment où le soleil disparaît avant de ressortir pour que la vie reprenne. Il y a pour moi une sorte de parcours initiatique pour ces jeunes filles qui passent du ventre maternel, de la caverne, à l’extérieur et à la vie.
Quand Remy et Hannah m’ont proposé d’exposer à la Straat Galerie, j’ai su que j’allais montrer ce travail-là car je voulais le présenter proche de la mer de manière à ce qu’il y ait un écho avec la géographie de la Préfecture de Fukushima. C’est une série que j’espère sans lieu fixe, atemporelle.

Cette série s’organise sous forme d’une fable visuelle, où chaque élément a une portée symbolique.
Le spectateur est invité à suivre le cheminement des images composant une histoire cyclique mise en place par la présence d’éléments qui reviennent de manière récurrente. La notion de parcours est importante car je ne voulais pas d’un rapport uniquement frontal avec les images.

L’accrochage s’accompagne d’une vidéo réalisée avec Ruben Cohen diffusée dans des lunettes de réalité virtuelle qui propose un parcours dans une grotte fictive en image de synthèse. Le spectateur est ainsi immergé dans un espace imaginaire/imaginé dans lequel il peut déambuler tout en restant assis dans la galerie.
Pour accompagner les images, j’ai également choisi de présenter un kimono que j’ai ramené du Japon représentant les masques du Nô. C’est un élément à la fois très féminin et métaphorique car dans le théâtre du Nô, lorsque les acteurs revêtent leur masque, ils quittent leur propre personnalité pour devenir l’incarnation d’un symbole.

Pour accompagner cette série d’images, j’ai également réalisé une collaboration avec Camille Richert qui a écrit un texte à partir des images présentées : une fable, qui serait une interprétation possible des images.

Complètement dépaysée par le paysage, les gens, la langue, j’ai eu besoin de me raccrocher à des choses que je connaissais déjà. Il en résulte tous ces portraits de jeunes filles qui renvoient à ma propre image et ces éléments auxquels je peux m’identifier. La grotte, un sujet récurrent dans mon travail, était par exemple une façon de retrouver des habitudes visuelles dans un endroit qui m’était étranger.

Cette exposition me permet de clore ce premier projet autour du Japon avant d’y retourner.”