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« Vernaculum »
29 mai 2014 - 25 juin 2014
Une exposition de Jiem, Mardi Noir, Mathieu Tremblin, David Renault et Philémon
Vernissage le vendredi, 30 mai 2014 à 18h

À propos de l'exposition

Dans le cadre de la 6e édition du Printemps de l'Art Contemporain, la Straat galerie présente l'exposition collective Vernaculum avec Jiem, Mardi Noir, David Renault, Mathieu Tremblin, Philémon.

Vernaculum rassemble des artistes dont les démarches ont trait au vernaculaire comme champ référentiel ou comme modalité de pratique, et qui instruisent des processus, des expériences ou des récits inscrits dans le quotidien et l’urbain. Leurs œuvres peuvent être envisagées comme les survivances d’imaginaires collectifs malmenés par la société de consommation mais en prise avec le contexte particulier d’un territoire ou d’un groupe à laquelle elles sont adressées.

Peut-être, encore.

Étonnante et novatrice par les formes qu’elle déploie, l’exposition « Vernaculum » à la galerie Straat n’était pourtant pas un pari facile.

Réunissant cinq artistes dont les pratiques s’articulent autour de l’expérience de l’espace urbain, de ses représentations et de ses enjeux, elle réussit à éviter l’écueil de la démonstration collective en lui préférant une approche vernaculaire. Portée par des œuvres parfois légères mais jamais gratuites, l’exposition ne transpose pas des œuvres « urbaines » vers la galerie mais s’affirme plutôt comme une tentative d’en reconduire les modalités au sein de cet espace. Ainsi, les œuvres présentées se situent dans un régime de visibilité moindre, développant chacune une approche du vernaculaire entre champ référentiel et processus de création.

Pour exemple, l’installation Couverture de Mardi Noir, suggérant un îlot opaque au regard, est constituée d’encombrants trouvés et maintenus dans un équilibre précaire par un film plastique. L’artiste en réfère ici au conditionnement par palette en utilisant le même film noir, et à la circulation de ces marchandises entre leur temps de production et leurs abandons. Couverture matérialise alors une occupation temporaire de l’espace urbain qui se trouve étendue dans le temps de l’exposition.

Utilisant le même vocabulaire formel, Seconde Peau de Mardi Noir toujours, déplace un geste de chantier en venant couvrir d’un film transparent et de tasseaux un des murs de la galerie, couvrant par la même occasion la peinture murale Sport Socks Abstraction de Mathieu Tremblin. D’une œuvre qui serait en chantier, à l’appropriation d’un espace par son marquage, c’est aussi l’idée qui sous-tend la proposition de Mathieu Tremblin. Comme l’indique le titre, les deux peintures murales présentées à la Straat sont en réalité des logos de chaussettes de sport sans marque, agrandis et reproduit à même le mur. Rejouant les codes du graffiti dans lequel le name writing vient signifier l’appropriation du territoire par le writer, Sport Socks Abstraction marque ici l’appropriation d’un espace par un code graphique sans revendication de l’identité de l’auteur. Ces peintures abstraites induisent un déplacement d’échelle par rapport à leurs référents, que l’on retrouve dans l’exposition. Constituée d’une échelle de peintre augmentée de chaussettes, et appuyée au mur, Poirier institue un dialogue avec Sport Socks Abstraction dans le même temps qu’elle renvoie à un jeu anthropomorphique. L’artiste a en effet modelé une forme de pied humain sur lesquelles les chaussettes sont enfilées, augmentant à son tour cette forme observée* et déplacée ici au sein de la galerie. De cette façon, Mathieu Tremblin opère un renversement et suggère que ces gestes liés à une pratique non-artistique de la peinture peuvent à leur tour générer des formes de représentations.

Dans une toute autre logique, Annonay Spray de David Renault, peinture murale rappelant les motifs des cartons à dessins, se présente comme une actualisation d’un motif iconique via l'actualisation du geste de production du motif lui-même. L’adaptation de la technique du papier marbré à la peinture murale par l’emploi d’un nouvel outil constitue ici une mise en abîme de la peinture et du motif, puisque ce dernier est à l’origine une imitation picturale du marbre.

Si les œuvres présentées pour l’exposition « Vernaculum » se jouent de la question de la représentation, à travers celle de la peinture, c’est pour mieux venir questionner les liens entre représentations et territoire. L’artiste Jiem détourne ainsi les écharpes des supporter de club de football sous la forme d’un patchwork qui n’est pas sans rappeler les tapisseries médiévales. L’assemblage des motifs entre eux produit alors un récit faisant basculer le récit historique de la tapisserie vers le conte contemporain, à travers les multiples lectures possibles de ces motifs entre eux. Fans Scarves Pattern déconstruit ainsi les représentations liées à une identité territoriale pour tenter d’en produire une nouvelle, qui pourra réconcilier, non sans humour, les supporters de l’OM et du PSG en les réunissant sous le même étendard.

À l’inverse, la série Gob Trotter de Philémon présente des portraits de l’artiste réalisés par des caricaturistes de nationalité étrangère, souvent présents aux abords des monuments touristiques des grandes villes européennes. Philémon leur a également demandé d’ajouter au dessin un élément de leurs pays d’origine, le plus souvent un monument architectural évoquant ici l’appartenance à un territoire. Gob Trotter met alors à jour les origines géographiques des caricaturistes, et se présente comme un voyage hypothétique que l’artiste aurait effectué à travers chacun des pays représentés, alors même qu’il n’a pas quitté Paris. L’artiste détourne la notion d’autoportrait pour venir évoquer, en filigrane, la question de la posture de l’artiste face à ses pratiques de dessin souvent considérées comme anecdotiques. La série se présente alors comme une forme d’autofiction mise en œuvre par Philémon, dans laquelle les notions de vrai, de faux, de contexte et de documents se trouvent mêlées pour mieux venir perturber la lecture de l’ensemble des dessins de la série.

L’ensemble de ces formes et pratiques détournées de leur contexte permet d’implémenter une aura de fiction à l’ensemble de « Vernaculum », sur le mode du conditionnel. Avec Fondation, pyramide de résine dans laquelle est encapsulée un micro-processeur d’ordinateur, David Renault semble pratiquer une archéologie inversée. Inspirée de la science-fiction, à laquelle son titre est emprunté**, Fondation fait déraper le réel vers un futur hypothétique (ce qui pourrait advenir) et vers un passé fictionnel (ce qu’il aurait pu être). Une vidéo vient également documenter le procédé qui permet à l’artiste de récolter les éléments technologiques qu’il utilise.

Enfin, une peinture réalisée à même la vitre par David Renault et Mathieu Tremblin, Univers Parallèle, renvoie aux pratiques vernaculaires de la peinture en reconduisant les techniques et les représentations des peintres de rues. Visible uniquement depuis l’intérieur de la galerie, ce paysage de science-fiction devient un rectangle noir depuis un point de vue extérieur, et renvoie à la fois à l’histoire de l’art*** et à l’œuvre Prophétie également présente au sein dans l’exposition. Plaque de granit noir gravée en dorure, Prophétie de Philémon constitue le point d’orgue de « Vernaculum » autant par ses enjeux que par la forme qu’elle adopte. Affichant un statement qui n’a pourtant rien de figé, l’œuvre reflète une posture sensible de l’artiste au réel.

 

 

«Nous aurions
peut-être
encore
quelques efforts à faire»

 

 

À l’origine extraite d’un roman****, l’artiste décontextualise la citation en y insérant une double nuance à travers les mots « peut-être » et « encore ». À mi-chemin entre deux auteurs, la citation ainsi réécrite prend alors une tournure conditionnelle voir dubitative, sur un support lourd de sens et évacue par la notion d’auteur inhérente à toute forme écrite. La tension créée entre le support et le contenu sémantique de Prophétie ainsi que la multiplicité des niveaux de lecture ramenée sur un plan termine de situer l’œuvre à la manière d’un épilogue. Par extension à l’ensemble des propositions qui constitue « Vernaculum », elle induit un rapport d’hypothèse et d’expérimentation comme autant de tentatives de réponses ; et pratique une sorte « d’arrêt sur image » sur les pratiques de chacun des artistes de l’exposition. L’ensemble des propositions de « Vernaculum » sont alors autant de formes relevées, prélevées, détournées, voir échantillonnées et constituent des tentatives de « remise en forme » des contextes depuis lesquels elles sont extraites ; autant que des réminiscences du réel au sein de l’espace de l’exposition. Dès lors, « Vernaculum » oscille entre fiction et réel sans jamais figer de limites entre les deux, et c’est cette porosité des œuvres entre elles, et avec le réel, qui constitue la force de proposition de l’exposition. En ce sens, chacune des œuvres constitue une forme de travail autant qu’elles instituent des formes au travail. Dans cette perspective, « Vernaculum » n’était certes pas un pari facile, mais elle est certainement un pari réussi.

Emma Cozzani_ Juin 2014

*Les peintres en bâtiment utilisent couramment des chaussettes pour protéger les murs sur lesquels ils appuient leurs échelles.
** Fondation est le titre d’une série de roman de science-fiction d’Isaac Asimov, qui affirmait la volonté d’écrire un roman « historique du futur » .
*** Carré noir sur fond blanc, Kasimir Malevitch, 1915.
**** Infrarouge, Nancy Houston


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